17Jan

Janvier. Les bureaux reprennent vie, et quelquefois une petite voix murmure : « Et si c’était le moment de changer de travail ? » Selon LinkedIn en effet, 43 % des salariés français envisagent de chercher un nouvel emploi cette année — un chiffre en baisse, signe que la prudence gagne du terrain. Mais derrière cette donnée, une question reste entière : est-ce que votre envie de transition professionnelle est solide, ou est-ce qu’elle ressemble à une résolution de Dry January — sincère sur le moment, oubliée mi-février ?

Comprendre son envie avant d’agir

Ressentir l’envie de quitter son job n’est pas forcément un caprice, encore moins un drame, mais c’est en tout cas un signal — et comme tout signal, il mérite d’être évalué avant d’être interprété. Prendre le temps de cette réflexion, c’est déjà une première action concrète, bien plus utile que de foncer tête baissée sur les sites d’offres d’emploi.

Cette envie peut venir de sources très différentes, et les confondre serait une erreur. Parfois, c’est le poste lui-même qui pose problème : missions répétitives, sentiment de plafonner, décalage croissant entre ce qu’on fait et ce qu’on aimerait réaliser dans son parcours professionnel, question de salaire ou de rémunération, ambiance de travail. Parfois, c’est l’environnement de l’entreprise : un management qui ne nous convient plus, une culture qui ne nous ressemble pas, un manque de reconnaissance malgré les efforts fournis. Et parfois — ça vaut le coup d’y réfléchir — c’est simplement la fatigue de fin d’année qui parle. Traiter ces trois cas de figure de la même façon serait une mauvaise idée. Cesser un travail qui nous use vraiment, c’est une décision de santé mentale et personnelle. Fuir un blues passager en postulant dans la précipitation, c’est prendre le risque de se retrouver six mois plus tard avec les mêmes questions — mais dans un contexte inconnu, avec un nouveau contrat de travail à peine signé.

Pour y voir plus clair, trois questions méritent d’être creusées — idéalement par écrit, en prenant le temps d’y réfléchir sérieusement.

Qu’est-ce que je fuis, et qu’est-ce que je cherche ? La nuance est cruciale. Fuir un manager difficile peut se régler par une mobilité interne. Chercher plus de sens ou d’autonomie demande souvent un changement plus profond — parfois une reconversion vers un nouveau métier, parfois simplement un nouvel employeur avec une culture différente. Si vous ne savez répondre qu’à la première partie (ce que vous fuyez), c’est le signe qu’un travail d’orientation reste à effectuer. Un bilan de compétences peut aider à clarifier votre projet, mais quelques heures de réflexion structurée peuvent déjà débloquer beaucoup de choses.

Mon envie date de quand ? Une frustration qui dure depuis dix-huit mois n’a pas le même poids qu’un agacement né le 2 janvier au réveil. Le temps est un filtre précieux : les envies solides résistent aux semaines qui passent, les coups de tête s’estompent. Si cette question vous accompagne depuis plusieurs mois, prenez-la au sérieux et envisagez une vraie démarche. À l’inverse, si l’idée vous a traversé pendant le réveillon, accordez-vous encore quelques semaines avant de valider une décision.

Qu’est-ce qui m’empêche de me lancer ? Souvent, les freins sont plus révélateurs que les envies. Peur de l’inconnu, crainte financière liée au salaire ou à la perte d’une prime, syndrome de l’imposteur, impression de ne pas avoir les compétences requises pour changer de profession… Ces freins ne sont pas des raisons d’abandonner votre projet ; ce sont des sujets à évaluer un par un. Certains se révéleront moins solides qu’ils n’en avaient l’air. D’autres demanderont une préparation spécifique — une formation certifiante, une épargne de précaution, un accompagnement extérieur.

Ce que le marché de l’emploi dit (et ce qu’il ne dit pas)

En 2026, le marché de l’emploi ressemble à un ciel de traîne : des éclaircies par endroits, des averses ailleurs. Les intentions d’embauche ont baissé de 12,5 % par rapport à l’année précédente selon France Travail. Les entreprises recrutent plus sélectivement, privilégiant les postes stratégiques. La rémunération reste un sujet majeur, mais l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle pèse de plus en plus dans les décisions des candidats — qu’ils soient en CDI, en CDD ou intérimaires.

Un marché tendu n’est cependant pas un marché fermé et certains secteurs continuent de recruter massivement. La santé et les services à la personne représentent chacun 16 % des offres publiées ; le numérique, l’énergie et l’environnement restent dynamiques. Et même dans les secteurs plus frileux, les bons profils trouvent un emploi — parfois plus vite qu’ils ne l’imaginaient. Le mot-clé, c’est « bons » : les candidats qui ont travaillé leur orientation, clarifié leur projet professionnel, préparé leur discours. Ceux qui réussissent leur transition sont, ce n’est pas un hasard, ceux qui ont pris le temps de la préparer.

Ce que ces données nous disent, en creux, c’est que le changement reste possible — mais qu’il récompense ceux qui prennent le temps de le préparer. L’époque où l’on pouvait changer de poste et augmenter son salaire sur un coup de tête, porté par la pénurie post-Covid, est révolue. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle : c’est une invitation à prendre votre démarche au sérieux.

Préparer sa transition (sans se précipiter)

« Attendre le bon moment » est sans doute un conseil rassurant — et parfaitement inutile. Spoiler : comme pour arrêter la cigarette, le bon moment est une fiction. Il y aura toujours un projet en cours, une prime ou une augmentation à attendre, une période chargée côté personnel. Il existe, en revanche, de mauvais moments — et janvier en fait parfois partie. Quitter son travail dans l’émotion, sans idées claires, en espérant qu’« ailleurs ce sera mieux », c’est souvent une erreur. La transition professionnelle n’est pas juste une rupture, un départ, la fin de quelque chose : c’est une nouvelle direction qu’on commence à entreprendre.

Concrètement, on peut donc très bien décider en janvier de préparer un départ — sans poser sa démission sur le bureau de son employeur dans la foulée. Prendre quelques mois pour clarifier son orientation, mettre à jour son CV, activer son réseau, identifier les entreprises qui vous intéressent, chercher et étudier les offres d’emploi et/ou les formations intéressantes et disponibles… Voici déjà quelques pistes pour un début d’année bien employé. Cette période de préparation n’est pas du temps perdu, c’est du temps investi. Elle permet de tester la solidité de votre envie, d’affiner votre projet, et d’arriver sur le marché du travail avec un discours clair plutôt qu’un vague « je veux changer d’air ».

Les leviers concrets pour avancer

Une bonne nouvelle : vous n’êtes pas seul face à ce projet. Le Compte Personnel de Formation (CPF) reste un levier majeur pour financer une formation certifiante ou qualifiante — premier réflexe à avoir si vous envisagez une montée en compétences ou une reconversion. Pour les projets plus ambitieux, Transitions Pro propose le Projet de Transition Professionnelle (PTP) : sous certaines conditions d’ancienneté, vous pouvez bénéficier d’un congé de formation tout en conservant votre rémunération pendant toute la durée du parcours. La prise en charge peut couvrir les frais pédagogiques et votre salaire — un vrai filet de sécurité, ouvert aux salariés en CDI comme en CDD.

On ne le répètera jamais assez : avant de regarder vers la sortie, pensez aussi à explorer avec attention les options internes. Beaucoup de frustrations peuvent — heureusement — se résoudre sans démission : une discussion franche avec son manager sur l’évolution de son poste et de ses missions, une mobilité vers un autre service de l’entreprise, une formation pour ouvrir de nouvelles portes, un aménagement du temps de travail. Ne regardez pas ces pistes comme des compromis « au rabais » : ce sont parfois les décisions les plus intelligentes à prendre.

Et si vous ne savez pas encore vers quel métier vous orienter, le bilan de compétences est souvent un excellent point de départ. Finançable via le CPF, il permet en quelques semaines de faire le point sur vos acquis, vos motivations profondes et les pistes réalistes qui s’offrent à vous. Ce n’est pas une solution miracle, mais un cadre structuré pour vous aider à sortir du flou — surtout quand on tourne en rond depuis des mois. Un conseiller peut vous accompagner dans cette démarche et vous proposer un parcours adapté à votre situation.

Enfin, avant de valider mentalement votre départ, posez-vous cette question : ai-je demandé clairement ce dont j’avais besoin à mon employeur ? Si oui et que rien n’a bougé, vous aurez la conscience tranquille pour chercher ailleurs. Si non, commencez par là — la réponse pourrait vous surprendre.

Changer de travail en début d’année n’est ni une bonne ni une mauvaise idée — c’est un projet qui mérite d’être testé avec méthode. Et contrairement au Dry January, ça peut durer toute l’année 😉